« Rupture(s) » 🦋

Bienvenue Les Trop —

Trop sensibles, trop rêveuses, trop curieuses, trop libres, trop intenses, trop vivantes, trop africaines pour certains, trop occidentales pour d’autres, trop spirituelles, trop dans leur tête, trop dans leur cœur, trop tout.

Vous êtes exactement là où vous devez être.

Ta toute première rupture tu ne t’en souviens pas.

Elle a eu lieu avant ta première pensée consciente, avant ton premier mot, avant que tu aies un nom pour les choses. C’était le jour de ta naissance. Le moment où tu as quitté le corps de ta mère, le seul monde que tu avais jamais connu, pour entrer dans un autre, vaste, bruyant, inconnu. Une rupture violente et nécessaire. La première d’une longue série.

C’est par là que Claire Marin commence. Et c’est par là que tout s’éclaire.

Dans Rupture(s), cette philosophe française dit quelque chose que personne ne nous avait jamais dit aussi clairement. Les ruptures ne sont pas des accidents de parcours. Elles sont le parcours lui-même. Elles rythment nos vies bien au-delà de l’amour, bien au-delà de la séparation amoureuse qu’on imagine en entendant ce mot. Elles traversent nos familles, nos croyances, nos identités, nos corps. On rompt quand on tombe malade. On rompt quand on change de pays. On rompt quand on devient mère.

Parce que devenir mère c’est aussi une rupture.

Le corps change de façon irréversible. L’identité se fracture et se reconstruit autrement. La femme qu’on était avant n’existe plus tout à fait de la même façon. On devient quelqu’un d’autre, progressivement, sans qu’on te demande vraiment ton avis. En Afrique on célèbre la naissance, on chante, on cuisine, on remercie Dieu. Mais personne ne parle de ce que la mère traverse intérieurement. De ce qu’elle perd en même temps que ce qu’elle gagne. Cette rupture-là aussi est réelle. Et elle aussi mérite d’être nommée.

En lisant ce livre je me suis rendue compte que j’avais vécu des dizaines de ruptures sans jamais les nommer. La rupture avec l’Afrique le jour où j’ai pris l’avion. La rupture avec une certaine image de moi-même le jour où j’ai réalisé que je ne me connaissais pas vraiment. Des ruptures professionnelles, familiales, intérieures. Des ruptures silencieuses que personne ne célèbre et que personne ne pleure parce qu’elles n’ont pas de date, pas de coupable, pas de nom.

Claire Marin dit que nous nous définissons autant par nos sorties de route que par nos lignes droites. Que ce sont nos ruptures qui nous révèlent, parfois plus que tout le reste.

Mais il y a une idée dans ce livre qui m’a arrêtée net.

Elle parle de ce qu’on fait quand quelqu’un qu’on aime change. Quand il devient quelqu’un d’autre, quelqu’un qu’on ne reconnaît plus tout à fait. Elle dit qu’on est tentée de tout faire pour le retenir dans son identité d’avant. On convoque ses engagements, ses promesses, la mémoire de ce qu’il était. On l’enferme dans la personne qu’on avait connue parce qu’on ne supporte pas qu’il soit devenu autre.

Et en lisant ça j’ai pensé à toutes les fois où j’avais fait exactement ça.

Pas avec malveillance. Par amour maladroit. Parce qu’on aime une image de l’autre et qu’on confond cette image avec la personne réelle. On pleure la rupture d’une version qu’on avait construite dans notre tête, pas forcément celle qui existait vraiment.

C’est vertigineux comme idée. Et c’est libérateur à la fois.

Parce que ça veut dire que certaines ruptures ne sont pas des trahisons. Ce sont des transformations. Des personnes qui évoluent, qui se cherchent, qui deviennent plus proches d’elles-mêmes en s’éloignant de l’image qu’on avait d’elles.

Et parfois cette personne c’est nous.

Ce livre est court. Dense. Philosophique mais jamais inaccessible. Ce n’est pas un livre qui console, c’est un livre qui éclaire. Il ne te dit pas que ça va aller. Il te dit pourquoi ça fait si mal et ce que ça signifie vraiment.

Si tu traverses une rupture, quelle qu’elle soit, lis ce livre. Pas pour guérir plus vite. Pour comprendre ce qui se passe vraiment en toi.

Les Trop comprennent. 🦋

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