Le trop a fini par déborder🦋
Bienvenue Les Trop —
Trop sensibles, trop rêveuses, trop curieuses, trop libres, trop intenses, trop vivantes, trop africaines pour certains, trop occidentales pour d’autres, trop spirituelles, trop dans leur tête, trop dans leur cœur, trop tout.
Vous ĂŞtes exactement lĂ oĂą vous devez ĂŞtre.
On m’a dit qu’ici il faut s’imposer. Marcher la tête haute. Savoir dire non. Que c’est comme ça qu’on te respecte.
Personne m’a dit que c’était aussi épuisant.
Je suis concierge principale dans une école primaire. 26 ans. Et un matin on m’amène un aide concierge. Un monsieur dans la cinquantaine. Je lui tends la main, je me présente. Il me regarde et sa première question c’est : “C’est la première fois que t’es concierge ?”
Pas bonjour. Pas enchantée. “C’est la première fois que t’es concierge ?”
“Pourquoi cette question ?” j’ai répondu.
“Il y a peut-être des choses que tu ne connais pas.”
“Je sais tout ce que je dois savoir.”
Les hostilités avaient démarré comme ça. Proprement. Poliment. Mais les hostilités quand même.
Le problème c’est quoi exactement ? J’avais 26 ans. J’étais belle. J’étais noire. J’avais du caractère. Et j’étais sa supérieure. Laquelle de ces choses-là il supportait pas, je suis encore pas sûre. Peut-être les cinq en même temps.
Je suis pas du genre arrangeante. J’ai du caractère, tout le monde autour de moi le sait. Mais je réagis pas vite. Il me faut du temps pour chauffer. Et lui il avait tout ce temps-là pour accumuler.
Le problème avec les gens comme moi c’est qu’on a l’air calme trop longtemps. Alors ils confondent. Ils prennent le silence pour de la faiblesse. La patience pour de la soumission.
Erreur.
Les semaines qui suivent il travaille comme il veut. Moi je gère, je passe les machines, je fais mon travail sans me plaindre. Mais lui il notait. Il attendait. Et il y a quelques mois il a frappé.
Il devait récurer le plancher. J’attends qu’il finisse pour passer la zamboni. Il finit, se retourne vers moi et me dit que je suis tout le temps sur mon téléphone et que c’est pas à lui de passer la zamboni.
Silence.
Lui. Il me dit. À moi. Ce que je dois faire.
Le trop a débordé.
Je me suis mise devant lui et je lui ai crié dans la face. “C’est pas à toi de me dire ce que je dois faire. J’ai été assez patiente.” Il m’a dit de me calmer, de pas lui crier dessus. Je lui ai dit que je parle comme je veux.
Et je suis partie Ă la direction.
La directrice m’a toujours bien aimée. Avant même que j’ouvre la bouche pour expliquer quoi que ce soit j’ai pleuré. Elle m’a donné des mouchoirs.
Et là dans ce bureau avec mes mouchoirs j’ai compris pourquoi je pleurais.
C’était pas lui. C’était pas la fatigue. C’était pas la colère.
Je pleurais parce que je voulais pas être “la trop nerveuse”. La fille qui crie. La fille qui déborde. Toute ma vie on m’avait appris à me ranger, à rétrécir, à sourire même quand j’avais pas envie. Et là j’avais essayé de faire autrement, de m’imposer comme on dit qu’il faut faire ici. Et ça avait quand même mal fini.
Alors c’est quoi la bonne version de moi ?
Trop douce on me marche dessus. Trop ferme je suis “agressive”. Trop souriante je suis naïve. Trop sérieuse je suis hautaine.
Il existe une version de moi qui convient Ă tout le monde ?
Spoiler : Non. Et j’ai mis du temps à accepter que c’est pas mon problème.
Ce jour-là dans le bureau de la directrice j’ai pleuré pour la dernière fois pour quelqu’un qui me trouvait trop. Après ça j’ai décidé que le trop c’était pas un défaut.
C’était juste moi. En entier.
Les Trop comprennent. 🦋​​​​​​​​​​​​​​​​