Franchir ma propre porte🦋
Bienvenue Les Trop —
Trop sensibles, trop rêveuses, trop curieuses, trop libres, trop intenses, trop vivantes, trop africaines pour certains, trop occidentales pour d’autres, trop spirituelles, trop dans leur tête, trop dans leur cœur, trop tout.
Vous ĂŞtes exactement lĂ oĂą vous devez ĂŞtre.
Je l’aime. Vraiment. Profondément. Sans hésitation.
Mais cette histoire-là c’est pas sur lui. C’est sur moi.
On avait nos routines. Les petites choses qui font qu’une relation existe dans le quotidien. Je rentrais du travail avec pas le moral, il sentait quelque chose dans ma voix et il proposait qu’on aille dîner, ou au cinéma, ou juste qu’on soit ensemble. Et ça suffisait. La journée se transformait. Je redevenais moi.
Je savais pas que je lui avais délégué ça.
Le jour où il est parti j’ai franchi la porte de chez moi avec angoisse. Pas une fois. Tous les soirs pendant trois mois. Le même appartement, la même porte, la même angoisse. Je faisais le boulot et je rentrais. C’est tout. Je cuisinais plus. Je sortais plus. Je faisais rien. Juste survivre.
Mon corps a commencé à parler à ma place. Je tombais malade souvent. Comme si sans lui mon système de défense savait plus pourquoi se battre.
Et puis il y a eu le 31 décembre.
Je me suis faite belle. Vraiment belle. Robe, cheveux, tout. Pour un appel vidéo. Parce que c’est tout ce qu’on avait. Il m’a parlé depuis Dakar jusqu’à 5h du matin, minuit à Montréal. On a fêté le nouvel an ensemble à travers un écran. C’était pas parfait mais c’était nous et ça me suffisait.
Le lendemain matin on s’est appelé vite fait. Puis silence.
J’ai attendu. Une heure. Deux heures. La journée entière. Le silence radio total. J’arrivais à rien faire. J’étais là , dans mon appartement, à fixer mon téléphone comme si je pouvais le faire sonner par la force de ma volonté.
Le lendemain il a réapparu. Il y avait beaucoup d’invités chez lui, de la famille, il n’avait pas eu son téléphone, la batterie était morte il était parti la faire changer. Une explication simple. Logique. Normale.
Il m’a dit calmement que lui avait passé sa nuit entière au téléphone avec moi malgré les invités, malgré la famille. Et que le lendemain j’aurais pu comprendre toute seule qu’il serait pas disponible. Pas de colère. Pas d’accusation. Juste une réalité qu’il posait là doucement.
Il avait raison. Et ça faisait encore plus mal que s’il avait crié.
Parce que la vraie question c’était pas lui. C’était moi. Pourquoi j’étais pas capable de tenir 24 heures sans nouvelles sans m’effondrer ?
Et moi j’étais là , dans mon appartement vide à Montréal, à me demander si aimer fort était vraiment un défaut ou juste quelque chose que les gens supportent pas.
Lui il vivait ça mal aussi. Il était inquiet pour moi. Il appelait. Il voulait savoir. Mais il avait sa vie là -bas, ses invités, ses obligations. Et moi j’avais honte de lui dire que sans lui je savais plus quoi faire de moi-même. Parce que je suis pas ce genre de fille. J’ai du caractère. J’ai des opinions. J’ai une vie.
Ou du moins je croyais.
La vérité c’est que sans m’en rendre compte j’avais construit mon bonheur autour de quelqu’un d’autre. Pas par faiblesse. Par amour. Parce que quand on aime fort on donne fort et on reçoit fort et à un moment on sait plus où on finit et où l’autre commence.
Trois mois. Trois mois Ă juste exister sans vraiment vivre.
Et puis il est revenu. Et on s’est retrouvés. Et quelque chose de bizarre s’est passé, on s’est aimés encore plus fort qu’avant. Comme si la distance nous avait appris ce qu’on valait vraiment l’un pour l’autre. Lui il a vu à quel point j’avais besoin de lui. Moi j’ai vu à quel point j’avais besoin de moi.
On est épanouis maintenant. Vraiment. Pas le genre épanoui des couples qui font semblant sur Instagram. Le genre épanoui qui se construit dans les moments difficiles et qui tient parce qu’il est vrai.
Et là quelque chose d’inattendu s’est passé en moi. La joie que j’ai ressentie en le revoyant était tellement immense que j’en ai presque eu peur. Pas peur de lui. Peur de moi. Peur de ce que ça disait sur moi. Qu’une seule personne puisse avoir autant de pouvoir sur mon état intérieur.
Je me suis dit : je dois ĂŞtre capable de me procurer cette joie moi-mĂŞme.
Pas la même joie. Je suis pas naïve. L’amour c’est l’amour et ça remplace rien. Mais cette capacité à aller bien, à avoir envie de cuisiner, à franchir ma propre porte sans angoisse, à exister pleinement, ça peut pas dépendre de la présence de quelqu’un d’autre. Même quelqu’un qu’on aime de tout son cœur.
Parce que tout le monde peut partir. Et me laisser. Mais je ne serai toujours qu’avec moi-même.
C’est ça que j’appelle amour maintenant. Aimer l’autre sans se perdre. Construire avec quelqu’un sans s’y dissoudre. Être heureuse à deux et capable d’être heureuse seule aussi.
C’est pas facile. Je suis encore en train d’apprendre.
Mais au moins maintenant je sais ce que je cherche.
Les Trop comprennent. 🦋