« La reine de rien » 🦋
Bienvenue Les Trop —
Trop sensibles, trop rêveuses, trop curieuses, trop libres, trop intenses, trop vivantes, trop africaines pour certains, trop occidentales pour d’autres, trop spirituelles, trop dans leur tête, trop dans leur cœur, trop tout.
Vous êtes exactement là où vous devez être.
Se donner trop de liberté c’est un couteau à double tranchant.
C’est la pensée qui m’est restée longtemps après avoir fermé La Reine de rien de Geneviève Pettersen. Une auteure québécoise qui écrit comme elle parle, sans filtre, sans filet, sans permission. Et c’est exactement pour ça que j’ai aimé ce livre.
Catherine est journaliste, mère de deux enfants, en couple depuis des années. En apparence elle a tout. Et pourtant quelque chose en elle étouffe. Alors elle décide de se donner le droit à tout. L’infidélité, l’ouverture du couple, les pensées qu’on n’ose pas avouer à voix haute comme le fait de ne pas aimer ses deux enfants de la même façon. Catherine dit tout ce qu’on pense et qu’on ne dit jamais. Et c’est à la fois libérateur et profondément dérangeant.
Ce que j’ai aimé d’abord c’est sa façon de parler. Geneviève Pettersen écrit dans un français québécois oral, vif, direct. On entend Catherine penser. On est dans sa tête sans filtre et sans excuse. Et il y a quelque chose de très satisfaisant à lire une femme qui se permet des choses sans s’excuser d’exister. Sans se justifier. Sans demander la permission. Quand je vois des femmes comme ça, même dans la fiction, quelque chose en moi se détend.
Mais voilà le problème avec Catherine. Elle trompe son mari. Elle quitte pour son amant. Et son amant refuse de quitter sa femme. Elle se retrouve seule, à recommencer à zéro, sans le mari, sans l’amant, avec deux enfants et une vie à reconstruire.
Et là Pettersen nous pose une question qui m’a mise mal à l’aise dans le bon sens du terme. Est-ce que Catherine paye le prix de ses mauvais choix ? Ou est-ce qu’elle paye le prix d’avoir osé être une femme libre dans un monde qui ne pardonne pas ça aux femmes ? Parce qu’un homme qui fait exactement la même chose on appelle ça un homme qui vit sa vie. Une femme qui fait la même chose on appelle ça une mauvaise mère, une mauvaise épouse, une femme qui a mal tourné.
Ce n’est pas juste. Et Pettersen le sait. Et elle écrit dedans quand même.
Ce qui m’a le plus touchée c’est la fin. Catherine sans pas grand-chose, qui doit tout recommencer. Pas de rédemption spectaculaire, pas de leçon bien emballée, pas de happy end. Juste une femme debout dans les ruines de ses propres choix, qui continue quand même. Et j’ai trouvé ça plus courageux que tous les personnages qui finissent bien.
Malgré tout j’aime Catherine. Pas parce qu’elle est admirable. Parce qu’elle est réelle. Parce qu’elle ressemble à la part de nous qu’on cache soigneusement derrière notre bonne éducation et nos jolies manières.
La liberté totale a un prix. Catherine l’a payé. Et quelque part en la lisant on se demande si on aurait eu le courage ou la folie de faire pareil.
Les Trop comprennent. 🦋